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Vu d’ailleurs : De #Metoo à #Kutoo, où en est le Japon ?

Si, au Japon, les femmes subissent encore la lourde tradition du sexisme, les mentalités évoluent. Les jeunes Japonaises s’emparent des réseaux sociaux pour exprimer leurs revendications.

Publié le 09/06/2020 à 9:00

Troisième puissance économique mondiale, le Japon est pourtant classé 121e sur 153 pays dans l’indice 2020 des inégalités entre les sexes du Forum économique mondial (la France est 15e). Il faut dire que la société japonaise conserve une représentation très traditionnelle des rapports hommes-femmes.

 

Petite anecdote parlante, en plein confinement, le maire d’Osaka (troisième ville du Japon) a déclaré que les hommes devraient se charger des courses, car les femmes « prennent du temps quand elles regardent les produits, et elles hésitent entre ceci et cela. Les hommes, eux, foncent sur les articles qu’on leur demande d’acheter et s’en vont. » Vivement critiqué sur les réseaux sociaux, Ichiro Matsui a admis que son analyse pouvait sembler désuète.

 

Depuis quelques années, les jeunes Japonaises se sont emparé des réseaux sociaux pour dénoncer le sexisme qui imprègnent encore très fortement la société nippone.  Ainsi, en mars 2019, de jeunes salariées japonaises se révoltaient contre les codes vestimentaires sexistes qui leur sont imposés de manière tacite dans les entreprises, et plus précisément contre l’obligation de porter des talons hauts au travail.

 

Le hashtag #KuToo, habile mélange entre les termes kutsu, « chaussures » en japonais, et kutsuu, « douleur », associé au Too en référence à  #MeToo, a poussé de nombreuses femmes à témoigner et à partager des photos de leurs pieds blessés. Un mouvement très suivi qui n’a pourtant pas convaincu le ministre de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, Takumi Nemoto… Devant une commission parlementaire, il avait tranché en faveur des talons hauts « professionnellement nécessaires et appropriés ».

 

Depuis novembre 2019, ce sont les lunettes qui sont cette fois dans le viseur des Japonaises. Ces dernières se battent pour avoir le droit d’en porter alors que certaines entreprises leur interdisent les lunettes de vue durant les heures de travail. Motifs invoqués ? Les lunettes dégageraient « une impression de froideur ». De nombreuses enseignes de cosmétiques, elles, interdisent le port des lunettes à leurs vendeuses les lunettes car elles dissimuleraient leur maquillage. Du côté des restaurants, on fait valoir qu’elles s’accordent mal avec le costume traditionnel revêtu par les serveuses. Enfin, au sein des compagnies aériennes, on avance des règles de sécurité. Dans tous les cas, ces injonctions physiques ne concernent que les femmes… Le hashtag « Les lunettes sont interdites » s’est répandu comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux.

 

Bien sûr, des progrès sur la voie de l’égalité femmes-hommes ont ouvert une brèche dans la tradition qui consacrait une place disproportionnée aux hommes. Il y a des changements dans l’air. De plus en plus de femmes japonaises intègrent le marché du travail. La politique dite des « Womenomics » mise en place par le premier ministre japonais Shinzō Abe avec, pour objectif, 77 % de taux d’emploi des femmes d’ici à 2020, a, en partie, atteint ses objectifs. La part des Japonaises membres de conseils d’administration est passé de 2,1 % en 2014 à 4,1 % en 2018.  Mais derrière ces chiffres, le statut des femmes au travail comme à la maison n’évolue guère. La majorité des emplois qu’elles occupent restent des postes subalternes, souvent à temps partiel. Il leur est toujours aussi difficile de reprendre un emploi après une maternité.

Petite lueur d’espoir ? Le ministre de l’Environnement, Shinjiro Koizumi, 38 ans, a fait part en début d’année de son intention de prendre un congé paternité pour la naissance de son premier enfant. Un choix qui peut paraître anecdotique, mais dans un pays où ce congé est encore mal perçu – seuls 6 % des pères prennent un congé paternité – cette décision a une portée fortement symbolique.

@ Getty Images