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Revue de BD

Trois bandes dessinées insolites et captivantes qui ouvrent grand leurs cases à des femmes fortes, talentueuses et longtemps restées dans l’ombre.

Publié le 28/09/2020 à 9:00

Radium Girls

New Jersey, 1918. Elles s’appelaient Grace, Katherine, Mollie, Albina, Quinta ou encore Edna. Toutes ces jeunes femmes étaient ouvrières à l’United State Radium Corporation et furent sacrifiées sur l’autel du progrès technique. Leur travail consistait à peindre des cadrans et des aiguilles de montres destinées à l’armée avec une peinture phosphorescente au radium. Un travail minutieux nécessitant de lécher le pinceau avant de le tremper dans la peinture… Au fil du temps, beaucoup commenceront à souffrir d’anémie, de fractures osseuses. Plus tard apparaîtront des tumeurs cancéreuses. Des voix s’élèveront pour comprendre. D’autres, pour étouffer l’affaire…

Une ouvrière de l’usine Grace Fryer décidera de mener des poursuites, mais il lui faudra deux ans pour trouver un avocat prêt à assigner l’US Radium devant les tribunaux. Au total, quatre ouvrières de l’usine, surnommées les « Radium Girls », rejoindront le mouvement qui aboutira à l’indemnisation de toutes les victimes.

Dans le sillage de l’affaire des « Radium Girls », le droit individuel des travailleurs à engager des poursuites à l’encontre de leur employeur en raison d’un préjudice subi au travail sera établi et les normes de sécurité industrielle notablement améliorées.

Radium girls, Cy, éd. Glénat, 2020

 

La vie mystérieuse, insolente et héroïque du Dr James Barry (née Margaret Bulkley)

Après sa mort, en août 1865, la presse ne tarde pas à révéler que le médecin militaire James Barry, considéré comme l’un des chirurgiens les plus brillants de sa génération et qui mena une existence romanesque entre l’Inde, l’Afrique du Sud et la Jamaïque était… une femme ! Une femme qui parvint toute sa vie à dissimuler sa nature, combattit en duel, réussit la première césarienne des colonies britanniques et révolutionna les normes sanitaires de son époque. Une histoire fascinante, mais que l’armée – humiliée par une telle révélation – s’efforcera d’effacer durant un siècle en dissimulant le prodigieux travail de modernisation et d’humanisation de la médecine que cette chirurgienne d’exception avait effectué.

La vie mystérieuse, insolente et héroïque du Dr James Barry (née Margaret Bulkley), Isabelle Bauthian et Agnès Maupré, éd. Steinkis, 2020

 

 

Eileen Gray. Une maison sous le soleil

En 1965, une tragédie a lieu sur la plage de Roquebrune-Cap-Martin : un homme est retrouvé mort noyé en face de chez lui. Il s’agit du Corbusier, maître de l’architecture moderne, propriétaire d’une somptueuse villa blanche aux allures de paquebot. Cette demeure, c’est la villa E-1027 et, contrairement à ce que tout le monde pense, elle est l’œuvre d’une femme, Eileen Gray. Conçu à quatre mains par l’architecte Charlotte Malterre-Barthes et l’illustratrice Zosia Dzierzawska, cette bande dessinée raconte l’histoire de cette méprise. Elles retracent le parcours de cette jeune irlandaise éprise d’indépendance qui se lance dans l’aventure de la décoration d’intérieur à Londres, puis à Paris, avant d’entreprendre des études d’architecture. Si tout l’album est construit autour de la villa E-1027, le récit est entrecoupé de scènes qui, une fois assemblées, mettent en perspective, non seulement le talent d’Eileen Gray, mais aussi la façon dont elle fut dépossédée de cette « maison sous le soleil ».

Eileen Gray. Une maison sous le soleil, Charlotte Malterre-Bartes et Zosia Dzierzawska, éd. Glénat 2020.