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Les hommes plus drôles que les femmes, vraiment ?

Parmi les stéréotypes courants, il en est un qui a la vie particulièrement dure : les femmes manqueraient d’humour.

Publié le 28/01/2020 à 9:00

Une étude menée par l’Université de Caroline du Nord et l’Université Aberystwyth confirme, non pas que les femmes sont des bonnets de nuit, mais que les perceptions socio-culturelles persistent à attribuer au masculin la capacité à faire rigoler l’assemblée !

 

Pour mener cette étude, les universitaires ont demandé à des femmes et des hommes de commenter des images de la façon la plus hilarante qui soit. Leur « prestation » a ensuite été jugée par un panel de 5000 personnes représentatives de la population. Résultats : 63% ont estimé que les hommes étaient plus marrants que les femmes !

 

Pour les auteur·e·s de l’étude, qui rappellent qu’il n’y a pas de gène masculin ou féminin de la poilade, ce chiffre peut être éclairé sous deux angles d’analyse.

 

Le premier, c’est l’idée partagée que l’humour est un signe d’intelligence ainsi qu’un marqueur de puissance. A ce titre, les participant·e·s à l’expérience aurait pu reporter d’autres perceptions stéréotypées : les hommes étant socialement regardés comme plus malins, plus réactifs, plus charismatiques, plus audacieux, mieux équipés de sens de la répartie, ils seraient mieux accueillis quand ils font des blagues que les femmes qu’on attend davantage sur le terrain des « émotions douces » (bienveillance, tendresse, empathie, délicatesse).

D’ailleurs, plusieurs participant·e·s ont déclaré trouver « grossières » ou « vulgaires » les femmes qui avaient fait le show pour leur détendre les maxillaires ; quand ils ont trouvé « insolents », « irrévérencieux », « politiquement incorrects » les hommes qui s’étaient prêtés au même exercice.

 

Deuxième élément d’analyse, qui doit pousser à la réflexion sur ce que rire veut dire : la vision actuelle de l’humour, volontiers porté sur la moquerie, la « vanne » qui « clashe », le mot d’esprit qui « recadre » autrui, la raillerie qui met à terre et le « second degré » comme prétexte tout trouvé à l’irrespect décomplexé, répondrait aux critères d’une masculinité combattive.

 

Or le rire n’est pas que vacherie ! Pas qu’arme pour prendre l’ascendant ! Pas qu’instrument de pouvoir ! Le rire, en fait, est une réaction émotionnelle à différents types de stimuli, parmi lesquels effectivement le pouvoir comique d’une situation, d’une image, d’un discours etc.

 

Mais ce pouvoir comique n’a rien d’universel et est au contraire étroitement lié au contexte culturel : il varie d’une époque à l’autre, d’une zone géographique à l’autre, d’une génération à l’autre, d’un milieu social à l’autre, etc.

Ce qui fait rire les un·e·s laissent d’autres indifférent·e·s, ou peut gêner voire choquer certain·e·s. Il est donc impossible d’affirmer qu’une personne est « objectivement » et définitivement drôle. Elle ne l’est que dans son environnement, sa culture, son temps avec tout ce que cela charrie de systèmes de croyances, de stéréotypes, d’attentes sociales…

 

Alors, ce qui compte pour les esprits libres, ce n’est pas tant de savoir qui est drôle pour la majorité, mais d’élargir leurs perceptions du comique… Afin d’avoir encore plus d’occasions de rire !