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Le congé parental, c’est aussi pour les pères !

Rencontre avec Thomas Joindot

Publié le 19/02/2020 à 9:25

Thomas Joindot est directeur technique, responsable de l’ingénierie de conception et de maintenance infrastructure chez SNCF Réseau. Jeune papa, il a fait un choix que seulement 4% des hommes osent : prendre un congé parental. Il revient sur cette expérience pour les lecteurs et lectrices du webmagazine SNCF au Féminin.

 

Bonjour Thomas. On nous a dit que récemment, un événement important s’est produit dans votre vie…

Oui ! Avec ma compagne, nous avons eu une petite fille en août 2019. Nous sommes tous les deux quadragénaires et pour tous les deux, c’est notre premier enfant. Je ne peux pas dire comment cela se passe dans les autres couples, mais il me semble que, quand on a un enfant à cet âge, on se pose des questions différentes que lorsqu’on est plus jeune.

Nous avons beaucoup échangé avec ma compagne sur notre vision de la parentalité et partageons la conviction qu’un enfant doit avoir des liens forts avec sa maman et avec son papa… Et que ces liens doivent se tisser dès la naissance.

Et vous avez fait un choix que seulement 4% des pères font…

J’ai en effet pris, à la suite du congé paternité de 11 jours, un congé parental de deux mois.

Comment votre entourage professionnel a-t-il réagi quand vous avez annoncé votre intention de prendre ce congé parental ?

Au départ, j’ai amené les choses avec une certaine prudence. Je ne savais pas comment ce souhait de prendre un congé parental serait reçu par mes collaborateurs et collaboratrices pour lesquel·le·s cela signifiait concrètement ne pas avoir de chef pendant deux mois. Pour mon adjoint, en première ligne, et mes chefs de département, cela impliquait un surcroît de travail et de responsabilités.

Toute l’équipe a accueilli la nouvelle avec enthousiasme : « c’est super ! », « c’est l’occasion ! », « c’est trop beau », « profites-en ! Les enfants grandissent si vite ! ». Cette réaction en dit long de l’esprit de la direction technique : une grande famille, où la solidarité est un maître mot.

Et dans votre vie personnelle, que tirez-vous de cette expérience ?

D’abord, j’ai tissé avec ma fille une relation extraordinaire. Mes équipes avaient raison : c’est un vrai privilège de voir un nourrisson changer d’heure en heure : les échanges de regards, les premiers sourires, quand l’enfant découvrent ses mains et joue avec. Je me sens si chanceux de ne pas avoir raté ça !

Ensuite, ça a été important pour mettre en place notre vie à trois pendant toute la durée du congé maternité de ma compagne. Une vraie vie à trois et pas un schéma « maman est avec bébé, papa rentre ce soir ». On n’est pas trop de deux pour s’occuper d’un enfant qui vient de naître. Je n’ai jamais pensé qu’une femme au foyer ne travaille pas, mais maintenant, je peux l’affirmer sur la foi de ma propre expérience : s’occuper d’un enfant, c’est un boulot de tous les instants et c’est largement aussi fatiguant qu’une journée de travail ! Franchement, entre les nuits courtes et les émotions, je me demande si, de toute façon, j’aurais pu travailler normalement pendant ces deux mois.

Il y a des discussions récurrentes sur l’allongement du congé paternité et la banalisation du congé parental des hommes. Quels arguments donneriez-vous pour encourager d’autres pères à franchir le pas ?

D’abord, c’est bon pour les enfants. C’est une évidence que les Pays nordiques ont compris et intégré dans leur culture. Si j’avais été en Norvège et que je ne m’étais pas arrêté, c’est là qu’on m’aurait regardé de travers !

Et d’ailleurs, personne ne m’a regardé de travers, bien au contraire. Je pense que ce choix est aujourd’hui bien accueilli, voire valorisant pour les hommes. Je comprends que l’on craigne l’inverse, parce que ce n’est pas assez courant pour paraître parfaitement normal. Il faut donc que plus d’hommes franchissent le pas, surtout des managers, pour donner l’exemple… Et qu’un jour, cela ne soit plus du tout regardé comme quelque chose d’exceptionnel.

Il y a un autre frein à faire sauter : quand on envisage un congé parental, on se demande si l’équipe va pouvoir se passer de vous, si la boutique va tourner en votre absence. C’est une bonne question à se poser, car les réponses qu’on y apporte change votre rapport au travail. J’ai décidé pour ma part de complètement couper pendant deux mois et les équipes ont joué le jeu : pas de mail, pas d’appel. Depuis que je suis rentré de congé parental, je constate que mes collaborateurs et collaboratrices ont changé leur relation au « chef » : plein de choses se règlent sans moi et c’est très bien que chacun·e puisse exercer pleinement son autonomie.

De mon côté, je vois que j’ai gagné en efficacité, j’évite tout ce qui n’est pas vraiment utile, je vais beaucoup plus à l’essentiel… Parce que je n’ai pas envie d’être en retard pour le bain !