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Le chiffre du mois : les femmes qui travaillent essuient 20% plus de reproches de l’entourage que les hommes qui travaillent

Ce n’est pas un secret : les responsabilités domestiques et familiales persistent à reposer majoritairement sur les femmes.

Publié le 02/10/2019 à 9:00

Ces responsabilités, ce sont les tâches matérielles effectuées, au quotidien, pour faire tourner le foyer. C’est aussi la charge mentale qui recouvre tout ce à quoi la personne « réputée » responsable des affaires du foyer doit penser. C’est aussi une forme de charge sociale qui assigne les femmes à ces responsabilités et les rend comptables de leur bonne exécution. Une étude de la DARES, rendue publique le 25 septembre 2019, porte l’accent sur cette dernière dimension de la question de l’articulation des temps de vie.

Cette étude révèle en effet qu’à condition professionnelle et personnelle équivalentes, les femmes qui travaillent à temps plein essuient 20% plus de reproches de la part de leur entourage à propos des affaires domestiques et familiales que les hommes. Autrement dit, le fait d’être sociologiquement assigné·e  à une fonction (ici, la tenue du foyer et le soin aux proches incombant implicitement aux femmes) fait que si la mission n’est pas remplie ou qu’elle est (jugée) mal remplie, cela vous expose au jugement, à la critique, à la culpabilisation ! Même si vous n’avez pas choisi cette fonction, même si vous avez organisé différemment dans votre vie privée le partage des fonctions avec votre partenaire.

Vous n’avez jamais dit que vous étiez chargée du repassage, voire vous avez prévenu que vous n’aviez aucune compétence en fer et aucune intention d’apprendre : si les vêtements et les serviettes de table sont froissées, on va quand même vous en faire la remarque. Vous n’avez jamais garanti à personne que le frigo serait toujours plein, voire vous avez fait l’effort de conscientiser vos proches sur le fait qu’ils peuvent aussi passer faire les courses en rentrant : attendez-vous à ce que ce soit quand même après vous qu’on râle s’il manque du beurre, du sel ou du papier toilette ! Il est convenu avec le père de vos enfants qu’il relève la/le nounou un jour sur deux : s’il arrive en retard, il y a plus de chances que ce soit à vous plutôt que directement à lui qu’elle en parle.

 

On le reconnait, ces données sont un peu plombantes. Mais on ne se décourage pas, parce qu’il est possible d’agir contre cette « charge sociale » :

1/ On reste ferme sur le partage des tâches domestiques et familiales, en ré-expliquant encore à celles et ceux qui vivent sous le même toit que faire les choses ne suffit pas, mais qu’il faut aussi en prendre la responsabilité. Prendre SES responsabilités.

2/ On insiste auprès de l’école, du/de la nounou, du/de la gardien·ne d’immeuble, de ses (beaux-)parents, de ses collègues sur le fait que l’on n’est pas la ménagère-manager de service et qu’il n’y a pas de raison qu’on se voit adresser systématiquement tout ce qui concerne le foyer et les enfants. Par exemple, quand, en déplacement ou en horaires décalés, quelqu’un·e se demande à voix haute comment on s’y prend avec les enfants, on lui propose de retourner la question à Bernard ou Jean-Pierre qui sont tout aussi parents.

3/ On rend visible ce que l’on fait à la maison, histoire que personne n’oublie qu’il s’agit d’un don, fruit de la générosité et de l’attention, et non d’un dû. « J’ai déposé ton linge sur ton lit » (ne pas hésiter, si ça tarde à venir, à solliciter un petit « merci »), « J’ai racheté du shampooing pour tout le monde » (surprise ! Il n’y a pas de petit lutin magique qui renouvelle discrètement les produits d’hygiène dans la salle de bains), « J’ai pris le temps de payer la cantine » (oui, oui, ça prend malgré tout du temps de le faire. Et c’est de la charge mentale d’y penser), etc.

4/ Comme on n’aime pas soi-même recevoir reproches et critiques sur ses compétences de ménagère et de mère, on évite d’en adresser aux autres femmes sur ce terrain. La maison de Caroline est en foutoir (selon nos propres critères d’évaluation du bazar), et alors, ça nous regarde ? Les enfants d’Isabelle sont turbulents. Oui, ben, c’est comme ça, il y a des enfants plus agités que d’autres et si vraiment il y a des choses à redire sur leur éducation, on peut aussi en faire part à leur père. La poubelle de Stéphanie a fui dans l’ascenseur ? En fait, ce n’est pas la poubelle de Stéphanie, c’est la poubelle de toute une famille dont Stéphanie est un des membres, etc.