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Le chiffre du mois – 60% des Européennes ont été victimes de sexisme ou de harcèlement au travail

Nous savions déjà que le sexisme au travail était une réalité, mais les chiffres d’une étude récente de la Fondation Jean Jaurès révèlent une réalité massive : 60% des femmes européennes déclarent avoir subi des harcèlements sexuels ou des agissements sexistes en milieu professionnel.

Publié le 12/11/2019 à 8:05

Les données ont été recueillies en partenariat avec la Fondation européenne d’études progressistes (FEPS).

Parmi les femmes victimes de harcèlement sexuel ou sexiste au travail, 21% l’ont été pendant les douze derniers mois. Au niveau européen, les chiffres se divisent de cette manière :

  • 68% des Allemandes ont subi au moins une forme de sexisme ou de harcèlement sexuel
  • 66% des Espagnoles
  • 57% des Britanniques
  • 56% des Italiennes
  • 55% des Françaises.

En ce qui concerne le type d’agressions : 18% des Européennes ayant participé à l’enquête ont subi des contacts intimes non consentis et 9% ont dû faire face à une pression pour obtenir un acte de nature sexuelle en échange d’un poste ou d’une évolution dans la carrière. Elles ont été aussi 11% à dénoncer un rapport sexuel « forcé » ou « non désiré » avec quelqu’un de leur travail – 9% des cas en France.

 

Des facteurs de discrimination qui s’ajoutent au sexisme

L’enquête « Deux ans après #MeToo : Les violences sexistes et sexuelles au travail en Europe » permet aussi de croiser les facteurs de discriminations avec la prévalence des agissements sexistes et du harcèlement sexuel. Des facteurs comme l’âge, le milieu urbain, l’orientation sexuelle, la religion ou l’apparence sont présentés par les auteurs de l’étude comme des amplificateurs des agissements sexistes ou sexuels. En d’autres termes, ce sont les personnes qui font l’objet de ce type de discriminations qui sont également les plus nombreuses à subir le sexisme et les agressions sexuelles dans le cadre professionnel.

L’étude montre par ailleurs que la violence sexuelle subie hors cadre professionnel peut être un facteur démultipliant le risque d’être agressée au travail : 41% des femmes ayant fréquemment des rapports sexuels non désirés dans leur vie privée ont vécu « au moins une » forme de violence sexiste ou sexuelle en milieu professionnel. François Klaus, directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’Ifop commente cette donnée en se référant aux travaux de la psychiatre victimologue Muriel Salmona (Le harcèlement sexuel, Que Sais-Je ?) et affirme que les violences sexuelles répétées rendent les victimes « plus vulnérables aux pressions d’un nouveau prédateur ».

 

Le sexisme n’est pas hiérarchique

Contrairement à une idée reçue, dans la plupart des cas, le harcèlement ne vient pas d’un supérieur. La majorité des violences sont le fait de collègues qui ne sont pas en position d’autorité ou par des personnes extérieures, comme des clients ou de fournisseurs. Leurs actes concernent d’abord les remarques sur le physique (46%), puis les propos sexuels (38%).

Une minorité de femmes déclare que l’auteur des agressions était un supérieur. La pratique du « droit de cuissage » a néanmoins encore cours : 34% des pressions pour obtenir un échange de nature sexuelle se font dans le cadre d’un processus d’embauche ou de promotion. En la matière, la France témoigne d’un retard significatif par rapport aux pays voisins : c’est ici que, dans 51% des cas, l’agresseur est un supérieur hiérarchique. Dans le reste de l’Europe, la moyenne est de 34%. Juliette Clavière, directrice de l’Observatoire Égalité femmes-hommes de la Fondation Jean Jaurès, évoque la persistance d’une « “culture française” du phénomène de chantage sexuel à l’emploi ou à la promotion ».