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L’année d’Assia Benziane

Du G7 à l’ONU en passant par la réussite au concours de DPX.

Publié le 25/11/2019 à 8:11

19 février 2019.

Sur le parvis de l’Elysée, Assia Benziane pose avec la ministre Marlène Schiappa, la co-fondatrice de la chambre de commerce de Mauritanie Lam Aïssata et l’ambassadrice de bonne volonté d’ONU Femmes, Emma Watson.

C’est le coup d’envoi du conseil consultatif pour l’égalité femmes/hommes du G7 qui se tiendra à Biarritz en août de cette même année. Quelques semaines plus tôt Assia a reçu un courrier du Président de la République l’invitant à rejoindre cette prestigieuse délégation de 35 personnalités qualifiées appelées à plancher sur les mesures à prendre pour accélérer l’égalité. Elle a « relu 6 fois la lettre. Puis, encore 20 fois. » C’est flatteur, c’est vertigineux aussi. « Je vais être immédiatement plongée dans un univers dont je ne maîtrise absolument pas les codes » dit celle qui a fondé une ONG, été élue conseillère municipale de Fontenay-Sous-Bois à l’âge de 19 ans et adjointe au maire à 25 ans.

Mais là, c’est un cap : les enjeux internationaux, toutes ses figures reconnues dans le monde entier et ultra-médiatisées, le mandat de porter la « diplomatie féministe » de la France, la mission de livrer en moins d’un semestre des propositions concrètes pour la lutte contre les violences faites aux femmes, leur accès à l’éducation et à la santé, leur empowerment  économique et social…

 

Un dîner est organisé pour permettre aux membres du conseil consultatif de faire connaissance. « Sur le chemin, on se repasse le film : ce jour où je suis en train de réviser mon bac en Algérie et où une voisine me dit « tu as de la chance d’étudier », ma mère qui m’explique que des femmes de notre entourage ne savent pas lire et qu’avant d’envisager de se poser avec un bouquin, elles voudraient juste pouvoir comprendre la notice du médicament que le médecin a prescrit à leurs enfants, notre décision d’ouvrir à l’arrache une classe d’alphabétisation dans notre maison, les femmes qui débarquent âgées de 13 ans à 77 ans… A mon retour en France, une prof me dit qu’il y a des entreprises qui financent ce genre de projets. L’aventure démarre avec la Fondation Elle, qui va aboutir à la création de 10 écoles. Un article en parle dans le numéro qui révèle la relation entre Carla Bruni et Nicolas Sarkozy. Dans ces cas-là, les politiques lisent la presse féminine (rires) ! Le Maire de Fontenay m’appelle et me demande de rejoindre sa liste. Je lui réponds que je suis d’accord pour le soutenir, j’imagine que je vais donner un coup de main pour la campagne. Mais c’est un mandat qu’il me propose. Et je me retrouve plus la plus jeune conseillère élue de France. La rencontre avec Marlène Schiappa, qui était Présidente-fondatrice du réseau Maman Travaille, aux États Généraux de la femme de la Fondation Elle… »

 

Le temps de retracer les étapes qui l’ont menée jusque-là, elle est arrivée. L’ambiance est chaleureuse, nettement moins protocolaire qu’elle l’avait imaginée.  Chacune des membres de la délégation G7 réunie ce soir-là se présente, de façon très simple aux autres, parle de ses priorités. « On s’écoute, avec bienveillance. En fait, on a envie de se mettre vite au travail ». Alors, « la question « Est-ce que j’ai vraiment ma place ? » s’efface. »

Pour Assia Benziane, la valeur travail, le sens de l’action et la solidarité sont de puissants moteurs. Quand elle agit, elle n’a pas peur. Quand elle vit la « sororité », avec des femmes « d’horizons différents, qui débattent mais qui veulent toutes avancer dans la même direction et qui s’écoutent », elle se sent forte. Elle ose dire : « le sexisme, ce n’est pas des petites phrases par-ci par-là, c’est un système et le sexisme ça tue », « les violences faites aux femmes, ce n’est pas une succession de faits-divers, c’est une question publique et politique », « l’égalité, ce n’est pas un sujet important en ce moment, c’est la priorité et ça se travaille sur tous les pans de la société ». On veut lui coller l’étiquette de « féministe de service, voire d’emm***euse de service » ? Féministe n’est pas insulte, « c’est une fierté de se battre pour l’égalité. De l’égalité, j’en mettrai partout où je suis, partout où je vais. »

 

Pays basque, août 2019. Le conseil consultatif remet aux chef·fe·s d’état réuni·e·s pour le G7 un corpus de 79 recommandations inspirées des bonnes pratiques observées de par le monde et regroupées sous le nom de « Partenariat de Biarritz ». Jamais les droits de femmes n’ont été autant adressés lors de ce sommet des grandes puissances mondiales. Un mois plus tard, le conseil consultatif s’envole pour New York afin de présenter ses travaux à l’ONU.

Quelle année pour Assia Benziane, qui a aussi été nommée en juin au haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes… Et qui, au cœur de l’été, a passé et réussi le concours de DPX. Elle qui est entrée comme contrôleuse il y a 7 ans occupe aujourd’hui un poste de responsable équipe train. Quand elle parle de SNCF, c’est d’une famille dont « elle partage totalement les valeurs », dans laquelle elle s’est immédiatement sentie chez elle « parce qu’il y a des gens de toutes les origines, de tous les âges, tu peux venir de n’importe où, entrer par un métier, évoluer… », où « on valorise l’engagement » comme dans ce « réseau SNCF au Féminin qui donne tellement confiance aux femmes » qui le font vivre. S’engager, dit Assia, « ce n’est pas innée, mais c’est possible pour la plupart d’entre nous. C’est tout un parcours, avec des rencontres, des occasions, des mains tendues… On peut hésiter, et puis on se lance. Et là, c’est génial parce qu’on prend confiance et qu’on apprend tellement en s’engageant. »