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Femme et conductrice : pourquoi ce serait une exception ?

Rencontre avec Carine Pochon, conductrice TGV

Publié le 06/02/2020 à 9:00

Carine Pochon a littéralement la culture cheminote dans le sang : fille, petite-fille et nièce de conducteurs de train, elle est entrée chez SNCF à la sortie de l’école et n’a pas quitté l’entreprise depuis. Première conductrice TGV de la région PACA, elle raconte son parcours, livre les clés de son organisation au quotidien et encourage, bien sûr, les femmes à ne pas se mettre de barrière dans le choix de leur métier.

Pouvez-vous retracer votre parcours pour nos lecteurs et lectrices ?

Je suis entrée à la SNCF à l’âge de 21 ans, comme agent mouvement à la gare d’Aix-en-Provence. Assez rapidement, j’ai eu envie de faire autre chose… Sans pour autant quitter la maison. Un ami tractionnaire m’a dit « pourquoi tu ne viendrais pas chez nous ? ». Et là, je me suis dit que oui, conductrice, ça pourrait me plaire. J’ai suivi la formation et réussi l’examen en 2002. Depuis, je roule. Ensuite, je me suis fixé un nouveau défi : décrocher le « constat TGV ». C’est fait depuis novembre 2019 !

 

Félicitations ! Qu’est-ce que vous aimez dans ce métier de conductrice ?

Bouger ! C’est un métier où il n’y a pas de routine. On voit tous les jours des personnes différentes, on ne tombe jamais sur les mêmes collègues. Et puis, c’est un métier gratifiant : on emmène les gens au travail, en vacances. C’est aussi un métier à responsabilité : on a un pouvoir de décision dans des situations délicates.

 

Comment vivez-vous les horaires décalés ?

On me parle souvent des horaires décalés comme d’un inconvénient du métier de conducteur/conductrice. Mais en fait, moi, j’ai toujours travaillé en horaires décalés, même quand je n’étais pas à la traction.  A vrai dire, j’aime plutôt ce mode de vie. Je suis à temps partiel depuis la naissance de mon fils, il y a 11 ans. Concrètement, je travaille du vendredi au lundi et suis de repos le mardi, le mercredi et le jeudi, ce qui fait que je peux accompagner et aller chercher mon garçon à l’école en semaine, l’emmener à ses activités… Et j’ai aussi du temps pour moi en journée !

 

Pourquoi, selon vous, y a-t-il si peu de femmes dans les métiers de la traction ?

Cela fait 18 ans que je conduis et je ne me suis jamais posé la question de savoir si j’étais une exception en tant que femme dans ce métier. A la traction, vous êtes considéré·e par les collègues à partir du moment où vous faites bien le travail. Mais sans doute que peu de femmes se sont imaginées, petites filles, qu’elles allaient être chauffeur routier ou conduire des trains. Elles se sont plutôt projetées dans le médical, l’enseignement ou le commercial… Peut-être que dans mon cas, le fait d’avoir eu des conducteurs dans ma famille, même si c’était des hommes, m’a permis d’avoir très tôt une image réaliste de ce métier.

Sinon, peut-être que certaines femmes se disent que le métier est trop contraignant, notamment à cause des horaires décalés. Mais bon, tous les métiers ont leurs contraintes. C’est sûr que dès lors qu’on sort des horaires classiques de bureau, il vaut mieux avoir un conjoint qui assure.

 

Quel message adresseriez-vous aux femmes pour les encourager à s’intéresser aux métiers de la traction, voire de se lancer dans l’aventure ?

C’est un boulot vraiment sympa, qui apporte beaucoup de satisfactions, de fierté et d’émotions. La première fois que vous êtes seule aux commandes d’un train à 300 km/h avec 1000 personnes sous votre responsabilité, c’est quelque chose. Pour moi, c’est assez nouveau puisque j’ai mon constat TGV depuis seulement quelques mois mais je pense que cet effet « whaou » va durer.

En fait, aux femmes qui pensent qu’un métier n’est pas fait pour elles, je veux dire qu’il ne faut pas se mettre de barrières a priori. Ca vaut toujours le coup de se dire « pourquoi pas ? » et de s’intéresser à un métier, même si on ne s’imaginait pas le faire au départ. En plus, nous avons la chance d’être dans une entreprise où il est possible de se former, de passer des examens et de faire ses preuves sur le terrain. Il faut en profiter !