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Covid-19 : nouvel ennemi des droits des femmes ?

Depuis le début de cette crise sanitaire sans précédent, de nombreux signaux résonnent comme un avertissement sur l’ampleur des inégalités persistantes entre les hommes et les femmes, sur la fragilité des libertés acquises et sur le risque d’une régression de la condition des femmes partout dans le monde.

Publié le 07/05/2020 à 8:00

 “Il semblerait que le virus à l’origine du Covid-19 soit plus dangereux pour les hommes […] que pour les femmes. Mais la pandémie exacerbe les différentes formes d’inégalités qui sévissent dans le monde, y compris l’inégalité des genres. À long terme, ses retombées sur la santé, les droits et les libertés des femmes risquent de nuire à l’humanité tout entière.”

Ainsi débute la tribune signée Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, dans laquelle il alerte sur la menace que le Covid-19 fait peser sur la recrudescence des violences faites aux femmes et sur les atteintes portées à l’égalité femmes-hommes. Parallèlement, des membres des Conseils consultatifs à l’égalité des genres invitent, dans une autre tribune, les États membres du G7 à mener des actions conjointes pour empêcher la dégradation de l’égalité et le recul des droits des femmes dans le monde.

 

 

Les violences intra familiales en augmentation

De nombreux pays font en effet état d’une hausse des signalements de violences auprès des forces de l’ordre. Ainsi, El País rapporte que « au cours de ces deux dernières semaines, à Mexico, les personnes arrêtées pour violences familiales pendant la circonstance de Covid-19 ont augmenté de 7,2 % et 1 608 dossiers d’enquête pour violence familiale ont été ouverts ». Le quotidien espagnol évoque par ailleurs une augmentation de plus de 60 % des appels. Au Royaume-Uni, les autorités enregistrent trois fois plus de femmes tuées par leur conjoint pendant le confinement. En Argentine, lors de la première semaine de confinement (débuté le 20 mars), les appels au numéro gratuit du gouvernement pour dénoncer les violences faites aux femmes, ont bondi de près de 60 % dans la province de Buenos Aires. En Chine, pendant le confinement, le commissariat du comté de Jianli (province du Hubei) aurait enregistré en un mois trois fois plus de témoignages de violences domestiques que l’année précédente à la même période.

 

Sans école, les filles fragilisées

La fermeture des écoles, dans la plupart des pays touchés par la pandémie, fait craindre pour la sécurité des filles. Tous les experts soulignent de longue date le lien entre déscolarisation et mariage forcé. Ainsi des membres de l’ONG Girls not Brides écrivaient en 2019 : « Les trajectoires de vie des jeunes filles mariées et des filles non scolarisées sont intimement liées. Les filles qui ne vont pas à l’école sont beaucoup plus susceptibles de se marier et de tomber enceintes ». L’ONG Plan International rappelle qu’au pic de l’épidémie de fièvre Ebola, de nombreuses filles ont été agressées sexuellement par des hommes de leur famille, mariées de force ou ont eu un enfant issus d’un viol, citant l’augmentation des grossesses d’adolescentes de 65 % en Sierra Leone sur la période.

 

Le droit à l’avortement remis en cause ?

Dans certains pays, la pandémie remet en cause l’accès aux droits sexuels et reproductifs des femmes, que ce soit par décision politique ou, de fait, quand l’afflux de malades limite le recours à l’IVG. Le parlement polonais a ainsi examiné en première lecture le 15 avril dernier, un projet de loi intitulé « Stoppons l’avortement ». Un autre projet de loi ayant pour objectif d’exclure toute forme d’éducation sexuelle des écoles a été débattu le même jour. Rappelons que la loi sur l’avortement en Pologne est actuellement l’une des plus restrictives en Europe. L’IVG n’est autorisée qu’en cas de viol ou d’inceste, de danger pour la vie de la femme enceinte, ou de malformation grave du fœtus.

Aux États-Unis, c’est une bataille juridique qui s’est engagée autour du droit à l’avortement que plusieurs États du sud et du centre du pays, emmenés par le Texas, veulent suspendre durant la pandémie.

 

Des femmes en première ligne et invisibilisées

En 2007 déjà, l’OMS constatait que les rôles attribués à chaque sexe dans la société influencent les agents infectieux avec lesquels ils pourraient être en contact. En d’autres termes, le rôle que jouent les femmes dans la société les mettent en première ligne d’une épidémie. Des chercheuses du groupe de travail Genre et Covid-19 du magazine scientifique The Lancet se sont à leur tour interrogées sur « l’impact du genre »  dans l’épidémie de Covid-19.

Partout dans le monde, les métiers les plus mobilisés dans le contexte de la pandémie – soin, éducation – sont des métiers dits du « care », occupés très largement par les femmes. Des emplois qui ont en commun d’être les plus exposés à la maladie et qui sont aussi le reflet des inégalités : ils font partie des emplois les moins bien rémunérés, quand ils ne sont pas les plus précaires. Si les femmes représentent 70 % des personnels de santé, la moitié de leur contribution à la santé mondiale prend la forme d’une aide non rémunérée estime d’ailleurs l’OMS. Ainsi les systèmes de santé en Afrique dépendent souvent « du travail gratuit et invisible des femmes » peut-on lire dans une tribune de Jeune Afrique.

Enfin, The Lancet met en lumière un paradoxe frappant : alors que les femmes sont souvent les plus exposées aux épidémies, elles sont sous-représentées dans les instances de décision et de gestion de l’épidémie du coronavirus. Les chercheuses prennent pour exemple le groupe de travail sur le coronavirus de la Maison Blanche aux États-Unis : sur 22 membres, seulement 2 sont des femmes.

 

Une précarité accrue

Près de 60 % des femmes dans le monde travaillent dans l’économie informelle, gagnant moins, épargnant moins et risquant davantage de basculer dans la pauvreté. En Europe, environ un quart de ce travail « au noir » a trait aux services ménagers ou à la personne, secteurs très majoritairement féminins : garde d’enfants, ménage, aide à domicile… Celles qui vivent habituellement de ces travaux non déclarés sont privées de ces revenus durant le confinement et ne disposent d’aucune garantie de retrouver leur place à l’issue de la pandémie ni d’être indemnisées, faute d’avoir cotisé.

 

Les femmes, meilleures leaders que les hommes ?

Finissons sur une note encourageante ! Qu’ont en commun Taiwan, l’Islande, la Nouvelle-Zélande, la Finlande, le Danemark ou l’Allemagne ? Ces pays gèrent de façon exemplaire la crise sanitaire et sont dirigés par… des femmes. C’est le magazine Forbes qui, le premier l’a mis en lumière. La résilience, le pragmatisme, la bienveillance, l’entraide et l’humilité sont mentionnés comme les caractéristiques propres aux succès de ces femmes leaders. Des qualités dites « féminines », ce que certains ne manquent pas de dénoncer, à l’instar de la newsletter féministe Les Glorieuses, tandis que le site The conversation livre une analyse plus nuancée d’où il ressort que les pays les plus paritaires gèrent mieux la pandémie à l’instar des entreprises plus paritaires qui sont plus rentables.