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Community management – le ghetto féminin des médias

Comment se fait-il que le métier de community manager soit en majorité exercé par des femmes, alors que celles-ci sont encore sous-représentées dans les médias ? Alana Hope Levinson, journaliste pour le site Matter, s’interroge sur la perception de ce poste peu considéré au sein des rédactions et ce, malgré l’importance croissante des réseaux sociaux….

Publié le 20/10/2015 à 16:22

Comment se fait-il que le métier de community manager soit en majorité exercé par des femmes, alors que celles-ci sont encore sous-représentées dans les médias ? Alana Hope Levinson, journaliste pour le site Matter, s’interroge sur la perception de ce poste peu considéré au sein des rédactions et ce, malgré l’importance croissante des réseaux sociaux.

Le community management serait-il un « métier de bonnes femmes » ? C’est la question que se pose Alana Hope Levinson, journaliste pour le site Matter,dans un article consacré à l’omniprésence des femmes à ces postes.
De fait, plusieurs études révèlent que les postes liés à l’animation sur les réseaux sociaux sont en majorité occupés par des femmes. D’aprèsune enquête menée en 2018 par le Blog du modérateur, 66% des community managers sont des community manageuses.

Un métier “girly” ?
Un phénomène qui laisse penser que les métiers d’animation de communautés sur les réseaux sociaux sont encore aujourd’hui considérés comme “girly”. En somme, le community management serait perçu comme plus léger et superficiel que le journalisme à proprement parler. À ce titre, il serait laissé aux femmes, selon la même logique sexiste qui a pendant des années relégué ces dernières à des postes d’assistantes.
Comme le note Alana Hope Levinson, la/le community manager subit en effet une double peine : non seulement elle/il est censé·e être invisible, c’est-à-dire ne pas laisser transparaître sa personnalité derrière ses posts ou ses tweets, et ne peut donc pas tirer de prestige de son activité, mais elle/il peut aisément jouer le rôle de fusible et se voir remercié·e en cas de gaffe sur les réseaux sociaux et de bad buzz. Sans compter le fait que ces métiers ne suivent pas une trajectoire toute tracée et qu’il n’est donc pas aisé de faire carrière dans le community management.

Les CM à la conquête des médias ?
Pour illustrer l’importance de ce métier aux contours mal définis, Alana Hope Levinson cite l’énorme buzz suscité par “The Dress” au mois de février 2015 et désormais érigé en cas d’école de la viralisation de contenus. Peu le savent, mais la personne qui a déniché ce sujet et l’a posté sur Buzzfeed afin de demander l’avis des internautes sur la couleur de ladite robe est une community manager du nom de Cates Holderness, qui a depuis été promue et s’occupe de concevoir des contenus spécialement pour les réseaux sociaux.
Alors que les réseaux sociaux prennent de plus en plus d’importance dans les médias, se pourrait-il que les femmes exerçant le métier de community manager tirent leur épingle du jeu ? Les avis divergent. Ainsi pour Tiffanny Lennon, une chercheuse à l’Université de Denver qui étudie le leadership au féminin et a été interviewée par Alana Hope Levinson, il est à craindre que ces postes de plus en plus stratégiques soient progressivement récupérés par les hommes, comme, dit-elle, c’est le cas à chaque fois qu’un domaine professionnel “s’institutionnalise”.
D’autres sont moins négatives, telles Daisy Alioto, chargée du trafic du magazine Wallpaper. “Dans dix ans, les réseaux sociaux seront totalement acquis dans les médias. On cherchera tous·tes une itération pour dominer les informations. Et l’industrie des médias sera dominée par ces femmes qui ont commencé sur les réseaux sociaux”, affirme-t-elle à Matter.