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Claire-Lise Bae : l’inclusion en action

Si le port du masque est un élément clé de la lutte contre la Covid-19, il rend aussi la communication difficile pour les salariés déficients auditifs.

Publié le 16/09/2020 à 9:36

Pour pallier ce problème, Claire-Lise Bae, responsable de la mission Handicap & Emploi et membre de SNCF au féminin, s’est très vite emparée du sujet… avec succès.

 

 

 

 

Depuis septembre, SNCF est en mesure d’équiper les salariés déficients auditifs et leur collectif de travail en masques transparents inclusifs. Quelle est la genèse de ce projet ?

Claire-Lise Bae : Dès le début du confinement, avec mes correspondants Handicap, nous avions identifié le problème auquel seraient confrontés les collègues déficients auditifs si le port du masque était rendu obligatoire lors de la reprise. En effet, beaucoup s’appuient sur la lecture labiale pour communiquer avec les autres. Les sourds de naissance bien sûr, mais aussi ceux qui, au fil du temps, connaissent une baisse auditive et n’ont pas conscience de lire sur les lèvres pour s’aider.

Nous avons donc pris les devants en nous mettant en quête de masques inclusifs, c’est-à-dire munis d’une partie transparente qui laisse voir le bas du visage. Aucun industriel français n’en fabriquait qui réponde aux normes Afnor et soit validé par la Direction générale de l’Armement (DGA). Toutefois, des initiatives étaient en germe.

De jeunes sociétés avaient élaboré des prototypes et recherchaient des financements. Je les ai mises en contact avec des partenaires potentiels , sélectionnés dans le monde des Entreprises Adaptées (dont au moins 50% de l’effectif est en situation de handicap) et ça a fonctionné. Les masques ont passé les tests de la DGA. Étape essentielle pour pouvoir intéresser des entreprises et enregistrer des volumes de commande suffisants. En parallèle, grâce à un recensement effectué par nos réseaux de correspondants Handicap, nous avons identifié cinq cents salariés susceptibles d’être intéressés par ces masques. Une très belle occasion de sensibiliser le management aux problématiques d’adaptation de postes au handicap !

 

Quelles ont été les étapes suivantes ?

Bien qu’ils soient très protecteurs, ces masques ne sont pas chirurgicaux. Pour qu’ils soient déployés à grande échelle au sein de la SNCF, il fallait donc obtenir le feu vert de la Task Force Covid, l’équipe de travail dédiée à l’épidémie de Covid-19.

Le 16 juillet dernier, nous avons lancé un test sur le site Ingénierie Est de Bischheim, avec le soutien des préventeurs Sécurité, les moyens logistiques du technicentre industriel, et une ergonome, spécialiste de l’audition. En tout, vingt-cinq personnes se sont mobilisées avec enthousiasme lors de cette journée qui a permis d’évaluer quatre types de protection et de recueillir l’expérience de onze participants, dont deux malentendants. En jeu notamment : le confort, l’ergonomie et la non-formation de buée sur la partie transparente du masque. Deux modèles sur quatre ont été retenus.

À l’issue de cette journée, tout le monde était convaincu de l’utilité du projet. Les personnes malentendantes aussi bien que leurs collègues. Tous étaient très satisfaits que nous ayons anticipé leurs besoins.

 

Aujourd’hui, où en sommes-nous ?

La Task Force Covid a donné son accord de déploiement le 27 juillet, confirmé le 3 septembre par une préconisation officielle permettant d’équiper les salariés en situation de handicap auditif et leurs collègues volontaires de ce type de masque .

Nous avons donc pu passer une première commande de 6 000 masques, lavables et réutilisables 20 fois, qui sont aujourd’hui disponibles. Pour aller encore plus loin dans la démarche, nous sommes en train d’étudier avec la TaskFOrce la possibilité de doter les équipes d’un boîtier permettant de désinfecter aux UV les masques jusqu’à 100 fois entre chaque lavage. Une façon de prolonger la durée de vie de ces masques, de réduire les déchets, et de faire baisser le coût du masque à moins de 0,04 cts par utilisation ! Autant dire rien !

Cette action a été positive de bout en bout. Elle est un modèle de travail collaboratif et donne à voir concrètement ce qu’est l’inclusion, ce « tous SNCF » cher au président Jean-Pierre Farandou. À tous les niveaux, elle a suscité une forte adhésion. L’ensemble des personnes qui y ont été associées de près ou de loin ont manifesté leur enthousiasme aussi bien que leur fierté de travailler pour une entreprise qui se soucie des besoins de tous.